La melatonine



Le cerveau abrite en son centre un petit corps ovale, pas plus gros qu’un grain de maïs, appelé glande pinéale ou épiphyse. C’est la première glande qui se forme dans l’organisme. On la distingue nettement chez le fœtus dès la troisième semaine de grossesse. Jusqu’à présent, beaucoup de scientifiques et de médecins de renom pensaient que la glande pinéale n’avait aucune fonction chez l’homme et qu’il s’agissait d’un pur vestige de notre évolution. Aujourd’hui, nous nous apercevons que la mélatonine stimule de nombreuses fonctions de l’organisme. Les études expérimentales menées par de nombreux laboratoires dans le monde laissent fortement penser que cette étonnante hormone est l’une des substances les plus polyvalentes et les plus puissantes de l’organisme. À tous les stades de la vie, elle semble jouer un rôle fondamental dans la préservation de notre capital santé et de notre bien-être.

I. – Histoire d’une découverte
La plupart des grandes découvertes scientifiques sont le fruit de la perspicacité, du labeur mais aussi du hasard. Le Dr Aaron Lerner, dermatologue de Yale, a découvert la mélatonine en 1953. Lerner cherchait l’hormone responsable de l’éclaircissement de la peau chez l’homme atteint de vitiligo (dermatose se caractérisant par une dépigmentation en plaques). C’est en explorant la littérature scientifique consacrée aux composants capables d’éclaircir la peau que Lerner trouva un article de 1917 selon lequel l’épiphyse pouvait sécréter une hormone blanchissant la peau. Les auteurs de ce document scientifique expliquaient avoir déposé des glandes pinéales de bovins pulvérisées dans un récipient rempli de têtards. Une demi-heure plus tard, la peau de ces derniers était devenue transparente, laissant apparaître leur cœur et leurs intestins. Mais compte tenu de ses faibles dimensions et du manque d’éléments indiquant qu’elle jouait un rôle important chez les animaux, sans parler de l’homme, la glande pinéale constituait en effet, pour beaucoup de scientifiques, un axe de recherche stérile. Lerner entreprit de recueillir des milliers d’épiphyses bovines afin de les soumettre à un long et complexe processus de purification. Ainsi, ces glandes étaient lyophilisées, débarrassées manuellement de tous les tissus superflus, pulvérisées, dégraissées, puis réhydratées. L’extrait était alors centrifugé, concentré, filtré, mélangé à des solvants, volatilisé puis mixé à de l’alcool éthylique. Il fallut 2 500 épiphyses pour obtenir une centaine de milligrammes d’extrait sec. Le travail ne faisait pourtant que commencer. L’étape suivante consistait à isoler la molécule précise responsable de l’effet éclaircissant. Les scientifiques séparèrent donc l’extrait à l’aide de la technique dite de la chromatographie. Ils appliquèrent ensuite chaque élément sur un fragment de peau de grenouille pour voir s’il l’éclaircissait. Le composé actif se révéla être une infime partie du tout. S’il s’agissait d’une hormone, comme ils le pensaient, celle-ci était sécrétée en quantité beaucoup moins importante que toutes les autres hormones connues. L’équipe n’eut pas d’autre choix que de répéter encore et encore ce processus compliqué. Mais, pour obtenir les 10 mg dont ils avaient besoin pour déterminer sa structure moléculaire, il leur aurait fallu purifier les glandes de plus d’un million de bovins. Découragés, ils décidèrent d’abandonner le processus d’extraction. En revanche, Lerner ne pouvait se résoudre à renoncer à tous ses efforts. Il essaya d’imaginer la structure moléculaire de l’extrait par simple déduction logique à partir de tous les indices dont il disposait. S’il y parvenait, il pourrait préparer un composé expérimental et le comparer à l’extrait. Si les deux substances présentaient des propriétés identiques, il aurait deviné juste. Deux semaines plus tard, le dermatologue découvrit la formule chimique de l’hormone qui éclaircit la peau. Lerner avait découvert une toute nouvelle hormone extrêmement active, la plus puissante qu’il ait jamais testée (elle éclaircissait 100 000 fois plus la peau de grenouille que l’adrénaline). Après lui avoir donné la désignation officielle de N méthoxytryptamine, il baptisa l’hormone : mélatonine. Il choisit “ méla ” parce qu’elle éclaircit les cellules qui produisent le pigment de la mélanine et “ tonine ” parce qu’elle est proche de la sérotonine.

II. – La mélatonine
À l’Institut national de cardiologie de Bethesda, dans le Maryland, les cardiologues décidèrent d’en tester la toxicité. Dans le cadre de ce type d’essais, on injecte des doses croissantes d’une substance à des rongeurs jusqu’à ce que la moitié d’entre eux meurent. La dernière dose est dite DL50 – autrement dit, “ dose léthale pour la moitié de la population ”. Malgré leurs efforts, ils ne parvinrent pas à déterminer la DL50 de la mélatonine. Ils injectèrent pourtant à leurs souris des doses de près de 800 mg/kg, ce qui équivaut pour un adulte humain à une demi-tasse d’hormone pure. Néanmoins, cette dose massive ne parvint pas à entraîner la mort des animaux.
Dans les années 1960, l’armée américaine désirait trouver le moyen de placer les futurs astronautes en état de vie ralentie. Si les chercheurs de l’armée parvenaient à comprendre ce qui déclenchait l’hibernation chez les animaux, le processus pourrait peut-être être adapté aux futurs voyageurs de l’espace. C’est en 1964 que le Dr Russel Reiter et le Dr Roger Hoffman firent leurs premiers travaux sur la mélatonine. Ils ne parvinrent pourtant jamais à élucider complètement cette énigme, mais ils firent une découverte qui suscita un intérêt considérable pour l’épiphyse. Par le biais de leurs travaux sur l’hibernation, ils apprirent que la mélatonine déclenche la saison de l’accouplement chez le hamster. Ce fut le premier élément concluant permettant de mettre en évidence le rôle important que joue cette hormone chez toutes les espèces.

III. – Les effets sur l’homme
Il a fallu attendre les années 1970 et les techniques de dosage par marqueurs immunologiques radioactifs pour pouvoir mesurer les concentrations de mélatonine dans le sang. Il en allait de même pour les autres hormones, car ce sont des substances sécrétées en nanogrammes (milliardièmes de gramme). La mélatonine est produite en picogrammes, soit en billionièmes de gramme (la plus petite quantité jamais enregistrée pour une hormone). On administra aux volontaires des doses variables, puis on étudia minutieusement leurs réactions. Au début, l’hormone semblait avoir un effet tranquillisant, soporifique. Cette réaction fut clairement mise en évidence lors d’une étude réalisée en 1970 par un chercheur mexicain du nom de Ferdinando Anton Tay. Ce médecin recruta 11 volontaires qu’il équipa de divers appareils destinés à mesurer l’activité électrique de leur cerveau, leur respiration et leurs battements de cœur. Il leur injecta ensuite de la mélatonine. En l’espace de quelques minutes, l’activité cérébrale des sujets commença à faiblir, signe de tranquillité. Peu après, la plupart d’entre eux étaient profondément endormis. Lorsque Anton Tay les réveilla, quelque 45 min plus tard, ils déclarèrent avoir fait des rêves particulièrement impressionnants et éprouvé une sensation de “ bien-être ” et de “ relative allégresse ”. À l’opposé de l’adrénaline, la mélatonine ralentit le rythme cardiaque, relâche les muscles et favorise le sommeil. Grâce à cette méthode ainsi qu’à d’autres procédés encore plus pointus, les scientifiques ont pu mesurer avec précision la quantité de mélatonine présente dans le sang humain. Les informations recueillies ont conduit à une découverte fondamentale : l’homme sécrète cinq à dix fois plus de mélatonine la nuit que le jour, un rythme circadien que l’on retrouve également chez les animaux. C’est aux alentours de 2 à 3 heures du matin que nous en sécrétons le plus. Cet afflux nocturne a valu à la mélatonine le surnom de “ version chimique de l’obscurité ”.

IV. – Sécrétion de la mélatonine
Les nouveau-nés en produisent très peu jusqu’à l’âge d’environ trois mois. Il se trouve que cet âge correspond au stade du développement auquel ils commencent à dormir plus longtemps la nuit et à être davantage éveillés durant la journée. On a donc commencé à soupçonner la mélatonine d’être la cause sous-jacente de cette régularité. Une fois que les bébés sécrètent un fort taux de mélatonine la nuit, leur stimulateur hormonal leur permet de distinguer le jour de la nuit. Les jeunes enfants produisent des quantités croissantes de mélatonine jusqu’à l’âge d’environ 1 an. Leurs taux de mélatonine nocturnes se stabilisent ensuite jusqu’à la puberté où ils chutent considérablement pendant environ les cinq années suivantes. Les études les plus récentes laissent penser que les taux de mélatonine et la maturité sexuelle sont étroitement liés. Ainsi, les enfants qui tardent à devenir pubères présentent des taux plus élevés de mélatonine dans le sang.
La mélatonine peut aussi déclencher la sénescence. La sécrétion de mélatonine diminue inexorablement avec l’âge. Une personne de 70 ou 80 ans présente parfois des taux si faibles qu’ils sont indétectables. Un certain nombre d’hormones diminuent avec l’âge, notamment la testostérone, l’hormone de croissance et la DHEA (précurseur des hormones sexuelles). La perte graduelle de ces hormones était autrefois considérée comme une conséquence du vieillissement. Aujourd’hui, de nombreux auteurs commencent à penser que les carences hormonales contribuent au processus du vieillissement et que leur substitution peut prolonger la longévité. De toutes les hormones, la mélatonine apparaît cependant détenir le plus fort potentiel “ anti-sénescence ”.
L’une des raisons pour lesquelles la mélatonine possède un tel pouvoir rajeunissant est sa capacité à protéger et renforcer le système immunitaire, notamment dans les organismes vieillissants. Cette propriété a été mise en lumière dans les années 1980, largement grâce aux efforts du Dr Georges Maestroni, directeur du Centre de pathologie expérimentale de Locarno, en Suisse. Ce dernier s’intéresse depuis 1977 à l’action de la mélatonine sur les mécanismes de défense. Il a étayé la plupart de ses théories par des expériences réalisées sur des rongeurs. En 1984, le chercheur injecta l’hormone à des rongeurs sains afin de voir si celle-ci accroissait leur réaction immunitaire. Son équipe constitua alors deux groupes de dix individus. Les premiers reçurent une dose de mélatonine, tandis qu’on administra aux autres une solution saline inactive. Le lendemain, toutes les souris reçurent des cellules de mouton, que leur système immunitaire devait identifier comme des corps étrangers à combattre. Six jours plus tard, les scientifiques entreprirent de dénombrer les cellules immunitaires activées de chaque animal. Maestroni découvrit ainsi que les souris traitées par la mélatonine présentaient un taux supérieur de 133 % de cellules immunitaires actives à celui des autres souris. Il démontra ensuite, avec le Dr Conti, que la mélatonine permet aux souris de lutter contre un virus mortel, qu’elle neutralise les effets toxiques de la chimiothérapie et qu’elle peut prévenir le diabète de type I. Après sept ans de théorisation et d’études préliminaires, il était enfin parvenu à réunir des données montrant que la mélatonine renforce la réaction immunitaire d’une espèce animale. Maestroni se rendit immédiatement compte des immenses répercussions que pouvait avoir sa découverte : s’il pouvait montrer que cette hormone peu coûteuse et non toxique stimule aussi le système immunitaire de l’homme, la pratique de la médecine en serait autant bouleversée qu’elle le fut lors de la découverte des sulfamides et de la pénicilline dans les années 1940. L’une des principales fonctions de la mélatonine consiste à déclencher le cycle de repos réparateur de l’organisme. La mélatonine est essentiellement sécrétée pendant la nuit. Vers 2 ou 3 heures du matin, au moment où nous produisons le plus fort taux de mélatonine, le nombre des cellules immunitaires s’accroît de manière considérable dans le sang, renforçant les défenses contre le cancer, les virus et les bactéries. La mélatonine contribue également à fortifier le système immunitaire dans les conditions difficiles telles que les infections virales, le stress émotionnel, les traitements à base de médicaments immunodépresseurs ou le simple vieillissement. Les immunologistes étudient actuellement des douzaines d’utilisations potentielles de la mélatonine.

V. – Propriétés antioxydantes
La fonction d’antioxydant de la mélatonine a été découverte par le Dr Russel Reiter. Il ne s’agit pas d’un simple antioxydant, mais probablement de l’élément le plus actif et le plus polyvalent de cette catégorie. Elle est en effet deux fois plus puissante que la vitamine E, cinq fois plus efficace que le glutathion et 500 fois plus active que le DMSO, un antioxydant synthétique. Chaque année, les Américains consomment l’équivalent d’environ 2 milliards de dollars de vitamines C et E et de béta-carotène, parce que les études montrent que les antioxydants présentent de multiples bienfaits pour la santé. Ils diminuent notamment les risques de maladies cardio-vasculaires et de certains cancers, et réduisent la fréquence des cataractes. Ils favorisent la prévention en détruisant les radicaux libres, dont on connaît la toxicité pour l’organisme. On pense aujourd’hui que plus de 60 affections (de la polyarthrite chronique évolutive au zona herpétique) sont directement liées aux radicaux libres ou exacerbées par eux. En leur barrant la route, les antioxydants aident l’organisme à préserver l’intégrité de ses cellules et à conserver sa santé générale.

VI. – Mélatonine et maladies
La mélatonine réduit le taux de cholestérol et la tension artérielle ainsi que le risque d’arythmie cardiaque. Une étude pilote a ainsi montré que cette hormone soulage l’hypertension en l’espace d’une semaine, sans entraîner d’effets secondaires.
De nouvelles observations nous poussent à penser que la mélatonine joue un rôle capital dans les mécanismes de défense contre le cancer. Un certain nombre de travaux ont mis en évidence que les animaux protégés à l’aide de mélatonine ne développent pas la maladie lorsqu’on leur injecte une puissante substance cancérigène. Cette hormone peut aussi ralentir la progression du cancer. Des études in vitro ont démontré qu’elle inhibe le développement d’un certain nombre de cellules cancéreuses humaines, notamment dans le cas du cancer du sein, du cancer des poumons, du cancer du cerveau, du mélanome et, plus récemment, du cancer de la prostate. Cette découverte commence à faire l’objet d’essais sur l’homme.
La mélatonine semble agir encore plus efficacement contre le cancer lorsqu’on l’utilise en parallèle avec d’autres thérapies. Dans le cadre d’études pilotes menées en Europe, on a constaté qu’elle accroît les effets de pratiquement toutes les formes de traitements anticancéreux, dont la chimiothérapie, la chirurgie, l’immunothérapie et la radiothérapie. Quand ces thérapies s’accompagnent de prise de mélatonine, on assiste à un plus grand nombre de rémissions complètes des tumeurs que lorsqu’elles sont employées seules. La majorité des malades vivent en outre plus longtemps, éprouvent moins d’effets secondaires et jouissent d’une meilleure qualité de vie.
Enfin, l’efficacité de la mélatonine sur la dépression a été plus que largement démontré. À tel point qu’un médicament, le Valdoxan®, sera prochainement commercialisé dans les pharmacies françaises.

VII. – Mélatonine et longévité
En novembre 1985, Georges Maestroni et deux de ses confrères entreprirent l’expérimentation animale qui allait fournir les premiers éléments concluants concernant la capacité de la mélatonine à prolonger la vie. L’expérience porta sur 20 souris âgées de 19 mois. Les chercheurs répartirent les rongeurs en deux groupes avant de les placer dans des cages identiques. Ces derniers furent nourris de la même manière et exposés aux mêmes facteurs ambiants. L’unique différence tenait au fait que, chaque soir, dix d’entre eux recevaient une infime quantité de mélatonine. À ce stade avancé de leur vie, les souris produisaient très peu de mélatonine. Il s’agissait donc de l’équivalent d’une hormonothérapie substitutive. Cinq mois plus tard, les expérimentateurs constatèrent une différence frappante entre les deux groupes. Les souris qui buvaient de l’eau pure présentaient les habituels signes de vieillissement : elles avaient perdu du poids, leur rythme s’était ralenti, elles commençaient à adopter une position typiquement voûtée et leur fourrure dépérissait. Elles présentaient en fait tous les stigmates du vieillissement. En revanche, les animaux qui avaient bénéficié de la prise de mélatonine étaient demeurés charnus, avaient conservé un poil luisant et restaient actifs. Un mois plus tard, les souris du premier groupe commencèrent à mourir l’une après l’autre, tandis que les autres continuaient à prospérer. Lorsque le dernier rongeur fut mort, les chercheurs calculèrent que la longévité s’élevait en moyenne à 752 jours pour le premier groupe, ce qui est habituel pour cette race de souris, contre 931 jours pour les rongeurs traités à la mélatonine, soit 20 % d’augmentation de la durée de vie.
D’après le Dr Reiter, en neutralisant les radicaux libres, la mélatonine peut prévenir ou réduire la gravité d’une pléiade d’affections, dont le cancer, la maladie d’Alzheimer, l’arthrite, la maladie de Parkinson, etc. Elle peut aussi, en neutralisant les effets du vieillissement sur le système immunitaire, nous fournir une protection supplémentaire contre le cancer, les virus, les bactéries et les parasites. En rajeunissant notre architecture du sommeil, la mélatonine nous permettrait de profiter au mieux du repos réparateur nocturne. En prenant une faible dose de mélatonine le soir, nous pourrions stabiliser nos rythmes circadiens, contribuant à compenser le vieillissement de notre horloge interne.
Une autre expérience a été publiée en 1995 par un groupe de chercheurs israéliens, dirigé par le Dr Nava Zisapel. Cette étude portait non plus sur des souris, mais sur des rats. Ce changement est important, car, si ces deux types de rongeurs se ressemblent, leurs structures génétiques sont différentes. Les rats ont réagi à la mélatonine de manière aussi spectaculaire que les souris. Au bout de quinze mois, 87 % des individus traités étaient en vie, contre 43 % seulement chez les autres. L’expérience a également apporté de nouveaux éléments concernant la capacité de l’hormone à neutraliser les effets du vieillissement sur le système immunitaire. Dans le groupe témoin, cinq des sept rats survivants souffraient de pneumonie grave, tandis que les sujets traités étaient en parfaite santé ou ne manifestaient que de très légers symptômes.

VIII. – Mélatonine et restriction calorique
Une des stratégies habituellement proposée pour augmenter l’espérance de vie consiste à réduire le nombre de calories ingérées. Si on limite la prise de calories de 60 % chez les jeunes animaux, ces derniers vivent jusqu’à 50 % plus longtemps que les autres. En outre, ils souffrent moins de maladies dégénératives et semblent plus jeunes, même à un âge avancé. En 1991, Reiter a mesuré les concentrations de mélatonine de trois groupes de rats : 1 / des individus âgés ayant libre accès à la nourriture ; 2 / des sujets vieillissants soumis à un régime à basses calories et 3 / des jeunes nourris librement. Les vieux rats normalement alimentés sécrétaient beaucoup moins de mélatonine que les jeunes. La baisse de sécrétion liée au vieillissement a été constatée dans pratiquement toutes les études consacrées jusqu’ici aux animaux ainsi qu’à l’homme. Toutefois, les sujets âgés sous-alimentés sécrétaient deux fois plus d’hormones que leurs pairs. Ils en sécrétaient presque autant que les rats cinq fois moins vieux. Ce qui porte à croire que l’alimentation hypocalorique va de pair avec la préservation de la sécrétion de mélatonine. D’autres éléments ont été fournis dans ce sens par une étude publiée en 1978. L’expérience avait consisté à retirer l’épiphyse de rats âgés ayant été soumis à un régime à basses calories, puis à la comparer à celle de vieux rongeurs normalement alimentés ainsi qu’à celle de très jeunes sujets. Les glandes pinéales des rats privés de nourriture ressemblaient à celles des jeunes animaux, présentant “ un considérable retard de la perte cellulaire ”.

IX. – Mélatonine et sexe
Au moins quatre études ont montré que les femmes sécrètent plus de mélatonine que les hommes. Lors d’une expérience menée en France en 1985 sur 757 personnes hospitalisées, il a été établi que les femmes sécrètent en moyenne 25 % de plus de mélatonine que les hommes. Une seconde étude, menée au niveau international sous la direction du Suédois Lennart Wetterberg et publiée en 1993, a montré que, sur 321 sujets sains, les femmes sécrétaient environ 20 % de plus de mélatonine que les hommes, même si elles présentaient, en moyenne, une masse corporelle moins importante. Selon une troisième étude menée sur 102 personnes, les femmes sécrètent 30 % de plus de ce stimulant naturel que les hommes. Enfin, lors d’une étude menée sur 174 sujets âgés, des chercheurs allemands ont mis en évidence que les femmes présentaient des taux de mélatonine supérieurs à ceux des hommes. Il serait donc possible de conclure que le facteur de longévité féminine est notamment lié à une concentration supérieure de mélatonine.

X. – Mélatonine et mémoire
En 1993, des gérontologues italiens ont étudié le fonctionnement mental de 22 personnes âgées et de 13 adultes plus jeunes. Ils ont découvert une nette corrélation entre la sécrétion de mélatonine et l’acuité mentale. Meilleures étaient les performances des patients aux tests, plus leurs taux de mélatonine étaient élevés. Un an plus tard, un groupe de chercheurs japonais obtenait des résultats similaires : les personnes âgées en bonne santé sécrétaient deux fois plus de mélatonine que les sujets du même âge atteints de la maladie d’Alzheimer. Un des mécanismes évoqués est le rôle délétère des radicaux libres pouvant provoquer des lésions neuronales caractéristiques de la démence de type Alzheimer. Étant donné que la mélatonine est le plus puissant et l’un des rares antioxydants de l’organisme à pouvoir franchir la barrière hémato-encéphalique, un sujet présentant une déficience de cette hormone protectrice risque de souffrir de plus importantes lésions cérébrales dues aux radicaux libres. Par ailleurs, comme l’a montré l’équipe du Dr Reiter, la mélatonine entraîne une hausse considérable de la glutathion peroxydase, autre antioxydant vital pour la protection du cerveau.

XI. – Mélatonine et hormone de croissance
La communauté scientifique spécialisée dans la lutte contre le vieillissement s’intéresse particulièrement à l’hormone de croissance humaine, sécrétée par l’hypophyse. Lorsqu’on l’injecte à un sujet vieillissant, elle stimule la croissance musculaire et osseuse, elle réduit les graisses dans l’organisme, renforce le système immunitaire et procure un sentiment de bien-être général. La majorité des expériences laissent entendre que la mélatonine exerce une action stimulante sur la production d’hormone de croissance. Dans l’une des études les plus récentes, huit hommes adultes auxquels on avait administré 10 mg de mélatonine dans la journée ont vu leurs taux d’hormone de croissance légèrement augmenter. Lorsqu’on leur administrait la mélatonine avant l’hormone qui stimule l’hormone de croissance (GHRH), les taux de cette dernière doublaient.

XII. – Mélatonine et sommeil
Jusqu’à présent, les médias américains n’ont mis en valeur que deux des nombreuses fonctions de la mélatonine : la stimulation du sommeil et le soulagement de la fatigue liée au décalage horaire. La nouvelle concernant l’efficacité de ce somnifère naturel s’est répandue lors de la publication, fin 1993, des résultats d’une étude menée par le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Les travaux des chercheurs montraient que l’absorption, au milieu de l’après-midi, de 0,1 mg de mélatonine suffisait à favoriser le sommeil d’hommes jeunes à qui l’on avait demandé de faire la sieste. C’est à peu près à la même époque que le public a appris son efficacité contre les troubles dus au décalage horaire. Plusieurs études montrent en effet que la mélatonine atténue considérablement les symptômes provoqués par la traversée des méridiens. Elle permet non seulement de s’endormir plus rapidement une fois sur place, mais surtout d’adapter son rythme biologique à l’heure locale. En réglant ainsi l’horloge interne, elle réduit de moitié le nombre de jours durant lesquels on souffre habituellement du décalage horaire.

XIII. – Toxicité de la mélatonine
Des centaines d’études menées sur les animaux et sur l’homme ont montré que cette hormone ne présente ni danger, ni toxicité, ni risque de dépendance. Dans le cadre de l’expérience la plus approfondie réalisée à ce jour, 1 400 femmes en absorbent de fortes doses depuis plus de quatre ans sans se plaindre d’effets secondaires négatifs. Des douzaines d’autres études ont fourni des résultats similaires.
La mélatonine présente moins de dangers que nombre de médicaments ayant reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM). Néanmoins, la mélatonine doit être utilisée de manière responsable et sous les conseils d’un professionnel de santé.

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