L'importance du sommeil dans l'apprentissage et la mémoire




Des études mettent en avant l'impact des insomnies sur la mémorisation, le développement cérébral et la régulation de l'appétit.

Malgré les obstacles - absence de modèle naturel de l'insomnie chez l'animal et limites de l'expérimentation chez l'homme -, des progrès considérables ont été réalisés en quelques années dans la compréhension du sommeil.

Sur son rôle, d'abord. Il est constitué de phases de sommeil dit lent, parce que le cerveau produit des ondes électriques lentes, qui se terminent par du sommeil profond. Ces phases de sommeil lent sont entrecoupées de 4 à 5 épisodes de sommeil paradoxal caractérisés par un relâchement musculaire total associé à une intense activité cérébrale. «Le sommeil paradoxal dure beaucoup plus longtemps chez le bébé que chez l'adulte et pourrait jouer un rôle dans le développement cérébral», explique Pierre-Hervé Luppi.

Beaucoup d'hypothèses sont émises sur le rôle du sommeil lent sur la mémoire. «Au cours de la journée, les multiples informations qui arrivent au cerveau sont engrangées sous forme de milliers de messages aux synapses, ces jonctions qui se créent entre les neurones. Le sommeil lent servirait à éliminer les synapses qui ne servent à rien, pour ne garder que les mémoires pertinentes et pouvoir engranger d'autres informations le lendemain. Plusieurs arguments expérimentaux vont dans ce sens.» Autre hypothèse solide, celle du renforcement des apprentissages. «On rejouerait durant la nuit certains actes de la journée. Chez l'animal, on observe durant le sommeil lent des séquences d'activation de neurones identiques à celles enregistrées lors de tâches effectuées dans la journée. De plus, le transfert de ces souvenirs depuis l'hippocampe, au centre du cerveau, vers le cortex cérébral durant le sommeil lent permettrait leur stabilisation.»



«Interactions»


Le retentissement des insomnies, et plus largement du manque de sommeil sur l'organisme, suscite aussi beaucoup d'intérêt. Des études convergentes suggèrent qu'un sommeil insuffisant favoriserait l'obésité. «La privation de sommeil diminue la leptine, qui coupe l'appétit, et augmente la ghréline qui l'accroît. Ces deux hormones agissent aussi au niveau central, notamment sur un système ancestral d'éveil qui s'active en cas de besoin alimentaire, celui de l'orexine (l'hormone cérébrale produite par ces neurones). Mais l'ensemble de ces interactions est loin d'être connu», explique André Bourgin.

Pour Pierre-Hervé Luppi, «ce lien n'est pas surprenant puisqu'il y a une proximité anatomique au sein de l'hypothalamus entre des voies qui régulent la prise alimentaire et les centres du sommeil et de l'éveil».

Ce système de l'orexine est absent dans la narcolepsie, une maladie neurologique qui provoque des accès de sommeil brutaux et incoercibles. «Après avoir tenté de fabriquer des analogues de l'orexine pour soigner ces patients, l'idée a germé de fabriquer une “anti-orexine” pour soigner cette fois-ci les insomnies en inhibant temporairement ce circuit d'éveil. Cette molécule existe désormais, c'est l'almorexant. Encore en cours d'étude, elle devrait arriver dans deux ou trois ans et constituer une véritable avancée», indique le Dr Arnulf.

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