«Les recherches en néonatalogie avancent à grands pas»



Olivier Baud, chef de service de réanimation et pédiatrie néonatale de l’hôpital Robert-Debré, à Paris, souligne les progrès en « neuroprotection », primordial pour le suivi des bébés nés prématurés.

La Croix : Vous être spécialiste de la « neuroprotection ». Quel est l’enjeu pour les grands prématurés ?

Olivier Baud : À l’heure actuelle, en France, environ 10 000 bébés naissent grands prématurés chaque année, ce qui signifie qu’ils sont nés à moins de 32 semaines d’aménorrhée. Les études montrent qu’environ 10 % d’entre eux souffrent par la suite de troubles moteurs importants et 25 % à 30 % de troubles cognitifs. Quant aux très grands prématurés (moins de 28 semaines), 15 à 20 % sont victimes de handicaps lourds.

Il est donc primordial de veiller au bon développement de leur cerveau dès leur naissance, en dépit des multiples facteurs qui viennent le perturber : les conditions pathologiques liées à la prématurité elle-même (difficultés respiratoires, infections fréquentes, etc.), les surstimulations de l’environnement (le bruit, la lumière, le contact), l’inconfort voire la douleur générée par les gestes médicaux (ventilation, prises de sang régulières). Il y a plusieurs moyens d’agir. L’un d’entre eux est de trouver un traitement limitant les effets néfastes sur le cerveau. À cet égard, les recherches avancent à grands pas.

À Robert-Debré, vous menez des travaux autour de la mélatonine. Où en êtes-vous ?

On sait depuis longtemps que la mélatonine, une hormone qui joue un rôle dans le rythme veille-sommeil, a des effets protecteurs sur le cerveau. Il y a un an, nous avons lancé l’étude « Mélip » afin de comparer les taux de mélatonine chez le grand prématuré et le bébé né à terme. Ce projet de recherche, qui concerne 150 enfants dans trois centres hospitaliers (Robert-Debré, Créteil et Cochin-Port-Royal), est sur le point d’être terminé et devrait déboucher prochainement sur une publication. Cela nous permettra de confirmer la carence en mélatonine des grands prématurés et de passer à l’étape suivante : un essai clinique consistant à administrer cette hormone à la mère juste avant l’accouchement. D’autres études sont menées en parallèle à Londres.

Ces traitements n’étant pas encore au point, comment limite-t-on actuellement les séquelles des enfants nés trop tôt ?

Aujourd’hui, la neuroprotection se fait de manière indirecte grâce aux énormes progrès effectués en néonatalogie : sur le plan respiratoire, de l’alimentation, de la prise en charge de la tension, des infections. Tout cela concourt à limiter les lésions cérébrales. On connaît aussi les effets bénéfiques de l’hypothermie. Enfin, de gros efforts ont été faits en matière de soins de confort.



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